création textile et studio de couleurs naturelles,
par Anaïs Chesneau
01/09/2026
On rêvait depuis longtemps (sans oser se lancer complétement) de créer une structure qui nous permette de prolonger nos idées et nos actions de manière durable.
On voulait monter une coopérative textile avec un groupe de femmes tisserandes de notre village. Je vous raconte l’histoire de cette installation en 2 volets : le premier concerne les démarches administratives. Ou pourquoi nous n'avons pas créé un statut coopératif ?
l y a eu de nombreuses péripéties entre le moment où l’on a commencé les démarches et leurs concrétisations. Rien ne s’est passé comme on l’imaginait. Ce projet nous a appris la résilience et la patience.
Nous avons entamé les démarches en février 2025. Nous obtiendrons notre statut qu’en décembre de la même année.
Etes-vous bien installés confortablement pour vous lancer dans la lecture de cette grande aventure à multiples rebondissements ?
temps de lecture : environ 5min
Nous voulions créer une sorte de coopérative. Ce statut correspondait plus à ce que nous voulions faire en termes sociaux et démocratiques avec notre équipe. Pour cela nous avons rencontré un avocat dans notre district. Cela paraissait cohérent. Lors de la première rencontre l’avocat nous dit que le mot « coopérative » n’est pas exact. Et que ce qu’il allait créer pour nous était une smiti society. Bien. Nous lui faisons confiance.
La smiti society selon ma retranscription à l’air de correspondre à un statut français associatif. Ce statut impose d’être au moins 7 personnes avec un président, un vice-président, un trésorier et un secrétaire. Nous montons donc un groupe constitué de Ganga et 6 femmes du village qui travaillaient déjà avec nous depuis le début du programme Laine du Johar. 7 personnes salariées je me dis que ça va être chaud pour le démarrage et la trésorerie, mais puisqu’il le faut : allons-y !
Après 5 allers-retours au district Ganga revient avec le dossier finalisé à faire signer par chaque membre du groupe. Je lui demande alors de me traduire les règles inscrites en hindi sur les papiers. La numéro 6 me frappe : interdiction de vendre des produits. Mais comment ça ? Je fais répéter à Ganga pour être sûr. Nous retournons ensemble voir l’avocat qui nous assure qu’il n’y a pas de problème. Nous passons 2h à faire apposer tout un tas de tampons puis nous déposons le dossier dans le bureau concerné par notre demande afin qu’il examine notre projet.
L’avocat nous avait dit que le traitement du dossier prendrait au moins 1 mois. Mais 3 jours plus tard il rappelle : « votre dossier a été rejeté »; étonnée ? Non, je me doutais qu’il y aurait un problème avec cette règle numéro 6. Nous voulons vendre des produits en Inde et à l’international. Et ce but-là est bien inscrit dans les missions de la coopérative. Alors forcément ça ne passe pas. L’avocat insiste et nous propose alors de retirer de notre mission la vente de produits pour pouvoir faire passer le dossier en commission. C’est juste pour les papiers, après vous pourrez quand même vendre…
Alors permettez-moi de douter… Mais ce jour-là nous allions chercher ma famille à l’aéroport pour le mariage. Alors j’ai dit à Ganga, laisse tomber. On verra ça plus tard.
Plus tard. Il y a eu le mariage. Puis je suis tombée très malade. Et alors nous sommes arrivés fin juin. Un nouvel aller-retour au district nous a confirmé que nous ne trouverions personne ici pour nous conseiller sur le bon statut administratif à créer pour notre projet de transformation lainière. On veut tout bien faire dans les règles.
On tournait en rond.
Je reçu ce message : « je relis ta question pour le montage en coopérative, si ça n’a pas avancé de ton côté, je peux demander à quelqu’un en Inde qui, je pense, pourrait vous aider ». C’était comme un petit miracle. Un message d’une copine qui répondait à une question que je lui avais écrite presque 1 an plus tôt. Elle m’a alors mis en contact avec Mr K. C’est à cause de ce genre de timing que je suis obligée d’admettre que peut-être quelque chose là-haut de plus grand agit en secret. Pourquoi pile au moment où on était sur la touche, le jeu est relancé ? Qui fait ça ?
Mr K., Ganga et moi. Il est consultant pour des ONG qui sont principalement dans le secteur textile. Il est LA personne parfaite pour nous sortir du banc de touche. Il nous explique tout. Les différents statuts. Le positif et le négatif de chacun. L’impact des politiques actuelles sur ces statuts. La création d’un nouveau statut qui pourrait être intéressant pour nous. A la suite de ce rdv on abandonne l’idée de créer une coopérative. Malheureusement ce statut n’a plus le vent en poupe. Il nous reste donc finalement le bon vieux classique : le business.
Le lendemain Mr K. nous donne rdv chez un expert-comptable de confiance. Et alors au fil de la conversation une phrase se glisse : nous voulons créer le statut administratif LE PLUS SIMPLE possible pour démarrer, quitte à y revenir plus tard pour modification. L’expert-comptable alors nous propose de faire : un business classique avec à la tête de l’entreprise seulement Ganga. C’est d’accord.
Sur ce coin de table, en 2min et demi, à 4 cerveaux, se décide le nom de l’entreprise. Ce sera Shankh Dhura Woolcrafts.
C’est le cabinet de l’expert-comptable qui va prendre en charge l’enregistrement. Une fois le numéro GST obtenu, Ganga aura juste à ouvrir le compte bancaire à Munsyari. Il faut dix jours sur le papier pour obtenir le numéro de GST. Pour nous ce sera plutôt 2 mois.
Ça a été plus long parce qu’on a eu la visite de contrôleurs des fraudes. Motif de la visite : Nous pensons que vous voulez ouvrir un faux business. Donc ils se déplacent pour voir. L’entrevue s’est bien passée évidemment mais bonjour la montée de stress et ils nous font changer un petit truc sur notre enregistrement. Petite anecdote drôle : ils ont pris des photos de Ganga en crocs à l’entrée de l’atelier à l’appui. Comme si Ganga en crocs devant un bâtiment était LA preuve.
Finalement le jour de réception de notre certificat d’enregistrement arriva début décembre 2025.
Et là j’ai une deuxième anecdote drôle parce que le certificat officiel ne suffit pas. Le banquier demande à Ganga de peindre sur une pancarte son numéro GST et son nom d’entreprise, d’accrocher cette pancarte au-dessus de la porte d’entrée de l’atelier provisoire, afin que lui-même, en tant que manager de la banque, vienne vérifier de ses propres yeux et vienne faire la photo de la pancarte avec Ganga devant l’atelier, toujours en crocs.
Finalement une fois que nous avions eu les bons renseignements et rencontré les bonnes personnes pour nous accompagner, les choses se sont bien déroulées. Et puis sans drôlerie administrative cette histoire aurait eu moins d’intérêt. Alors merci à toutes les personnes que nous avons rencontré lors de cette étape et qui nous ont permis de faire avancer notre projet d’installation. On a grandi.
Tout arrive à point à qui sait attendre.
Rdv la semaine prochaine pour le Chapitre 2 : La construction de l'atelier