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par Anaïs Chesneau

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Naissance de Shankh Dhura Woolcrafts : chapitre 2, la construction de l'atelier

14/09/2026

Naissance de Shankh Dhura Woolcrafts : chapitre 2, la construction de l'atelier

On rêvait depuis longtemps (sans oser se lancer complétement) de créer une structure qui nous permette de prolonger nos idées et nos actions de manière durable.

On voulait créer un atelier fonctionnel et beau pour accueillir notre équipe mais aussi du public. Un atelier qui aurait pour fonction de produire et transmettre. Je vous raconte ici l’histoire du 2ème volet de cette installation : la construction de notre atelier.

Chapitre 2 : la construction de notre atelier ou comment nous avons réussi à créer un espace qui nous ressemble ?

 

Le terrassement a commencé en octobre 2025. A l’aide de pelles et de pioches. On n’a pas réussi à louer la pelleteuse, le gars qui la conduit n’était pas là. Il y a eu les fondations en novembre. Et puis on a laissé passer l’hiver. On devait redémarrer en février... Ce sera finalement avril.

2 mois de retard et pas mal de stress car l'ouverture du studio doit se faire en mai coûte que coûte.

 

J’ai troqué mes rêves de splendeur pour avancer vers un projet plus réaliste.

J’aurais adoré avoir un magnifique bâtiment en pierres locales, avec des magnifiques boiseries sculptées de style kumaoni, au milieu d’un superbe terrain boisé... Mais redescendons sur terre je n’ai pas le budget pour ça. Je ne peux ni acheter le terrain dont je rêve, ni prendre un architecte qui construirait ce merveilleux bâtiment. Donc on part sur un terrain appartenant à la famille de Ganga et une structure en béton, classique, comme tout ce qui se construit ici. Le principal c’est de démarrer quelque chose.

 

Le terrain à la base je ne le trouvais pas ouf, il n’est pas hyper grand, en bord de route, collé à la maison du frère aîné de Ganga. Mais j’ai réussi à trouver tout un tas de mini points positifs pour me dire ok on investit ce terrain quand même. De toute façon c’est le seul et dernier terrain constructible que possède la famille de mon mari. Et mon côté créatif sera stimulé par la contrainte de cet emplacement.

 

terrassement et fondation de Shankh Dhura Woolcrafts

 

Ça n’envoie pas du rêve pour l’instant mais je vous jure cet atelier est un bel accomplissement. C’est l’atelier dont nous avons besoin. Celui qui nous ressemble à moi et Ganga. Un atelier à notre image : humble, réfléchis et chaleureux. Pas quelque chose d’extravagant. Quelque chose qui s’intègre au village sans heurt.

 

Début avril 2026, La construction de l’atelier avance. Vraiment bien. 

Un très bel accomplissement est d’avoir réussi à faire accepter la construction de murs en briques double peau par les maçons mobilisés sur le chantier… Ce n’était pas gagné car ici personne ne construit ce type de mur. Ma relation avec les maçons démarrait bien.

A la base du mur en brique une rangé de pierre a été taillée pour isoler la brique de la dalle de ciment et ainsi éviter les remontées d’humidité par les murs. Pareil pour le principe du mur en double peau : un espace d’air de 1 cm est créé entre les 2 rangées de briques. D’habitude les maçons remplissent de ciment l’intégralité du mur. Et pour bien finir petit enduit de ciment intérieur / extérieur pour bloquer l’humidité… Donc évidemment on réfléchit à faire nos enduits intérieurs / extérieurs plus naturels et respirants. A l’intérieur ce sera une couche de terre comme dans les maisons anciennes.

Le but , mixer matériaux actuels et anciens. Rester sur un budget abordable tout en utilisant quelques techniques différentes pour améliorer l’isolation et la respirabilité du bâtiment.

 

construction mur de Shankh Dhura Woolcrafts

 

Une semaine plus tard le chantier s’est arrêté… sans explication.

Ganga a nettoyé l’extérieur, aplani le terrain. Mais les maçons ne sont jamais revenus après avoir fini les murs et la dalle. Ils nous baladent. Toujours occupés sur un autre chantier depuis 1 mois. Ils nous disent dans 2 jours on vient, et puis finalement 2 jours plus tard ils rappellent pour dire qu’ils viennent dans 2 jours. Ainsi de suite jusqu’à ce que, excédés, on les menace de ne pas payer les heures de travail déjà faites. Je ne comprends pas qu’on soit obligés d’en arriver là. Il ne restait qu’1 seule semaine de travail de maçonnerie sur notre bâtiment. Pourquoi ne pas le finir avant de partir sur un nouveau chantier ? Puisqu’ils sont 4-5 pourquoi ne pas séparer l’équipe en 2 s’ils veulent vraiment démarrer l’autre chantier en même temps ? Pourquoi devrions-nous passer après l’autre chantier alors que notre commande était bien antérieure ?

 

Spoiler alerte : un des maçons est venu le lendemain, puis une nouvelle excuse est tombée pour les 2 jours suivants…

 

On était à bout alors on a pris une décision. On les a rappelé pour leur dire de ne pas revenir sur le chantier. Le contrat était fini et évidemment ils perdaient une partie de leur paie. On ne pensait pas que ce serait stratégique. Moi je ne voulais vraiment plus les voir. J’étais décidée à abandonner le chantier pour le moment. 

Le lendemain ils étaient 3. Ganga en arrivant sur le chantier leur a demandé ce qu’ils faisaient là. Qu’il ne voulait pas les voir. Ils ont supplié et sont restés chaque jour jusqu’à la fin du chantier. Par contre bonjour l’ambiance ! C’est difficile de fâcher Ganga mais quand ça arrive tu as intérêt de filer droit et de ne pas la ramener. Moi je faisais les inspections de chantier le soir, une fois qu’ils étaient partis. Vraiment trop saoulée.

 

Autant j’étais très contente qu’ils aient accepté de faire les murs double peau en avril… autant la pose des sols en mai… 

Un carnage. J’avais pourtant précisé de travailler proprement… De ne pas recouvrir nos magnifiques dalles de pierres ,de ciment… De poser le carrelage de la salle de bain de telle façon… De mettre les découpes ratées sur les côtés du plan de travail de la cuisine… Rien n'a été respecté.

A la vue de la qualité j’ai fini par déclarer : personne ne fait les joints de finition. Je m’en charge !

 

Les dalles de pierres étaient intégralement mouchetées de ciment. Avant de démarrer les joints on a déjà frotté les pierres à 3 pendant 3 jours…Mais quelles satisfactions d’avoir de beaux joints et de belles pierres au sol ! Le plus drôle c’est que nos pierres font couler pas mal de salives. Au début de la pose on a eu : C’est moche ! Pourquoi vous ne mettez pas du carrelage comme tout le monde ?

Les pierres que nous avons, se sont celles qui constituaient l’ancien toit de la maison d’enfance de Ganga. Son frère l’année d’avant avait décidé de tout démolir pour reconstruire à neuf. J’avais donc demandé à récupérer les pierres plates pour éviter que la famille ne les réduise en gravillons pour le béton. Ce qui se fait souvent. Finalement après nettoyage et jointoiement, les détracteurs de notre sol se sont ravisés. En fait ok ça rend bien ! C’est des kumaoni tiles !

 

pierre naturel pour le sol de l'atelier

 

Arrivé à ce stade vous vous dites peut-être : ça n’a pas été facile de garder son sang-froid mais finalement ils arrivent au bout du chantier ! Et moi je me dis : je vais bientôt pouvoir passer à la partie déco et aménagement ! Chouette !

Mais c’est sans compter sur une nouvelle des plus surprenante ! Lunaire même.

L’annonce d’une démolition !

Le terrain est en bordure de route. On avait donc pris nos précautions. On savait qu’il y aurait (dans le futur) un agrandissement de la route qui traverse le village et comme notre terrain est en bordure de route on avait tout mesuré pour laisser la place à la coupe sans que notre bâti ne soit touché.

 

L’officier en charge du bureau du BRO de notre secteur a assisté au démarrage des travaux. Il est venu féliciter Ganga même ! Nous avions comme information (comme absolument tout le monde ici y compris l’officier) que la route serait agrandie de 7m de chaque côté en partant de son milieu actuel. Le gars en charge du bureau de l’urbanisme de Munsyari avait confirmé : super ! vous avez respecté les 7m vous n’aurez pas de problème comme ça !

 

Et puis voilà des gars du bureau du BRO qui arrivent avec pour consigne de mesurer les terrains de 15m en partant du milieu d’un côté et 9m de l’autre… Ainsi que de répertorier et marquer les bâtiments gênants pour cette future route.

Lorsqu’ils ont apposé une croix jaune sur le mur de notre atelier à peine terminé j’ai cru que mon cœur allait s’arrêter.

 

 

Je ne suis pas restée là sans rien dire. Et pour se défendre face à mes arguments et ma colère, le pauvre gars qui répertoriait les bâtiments à démolir, m’a dit qu’on avait qu'à mieux se renseigner avant de construire... Sauf que, si ni l’officier principal du bureau du BRO de notre secteur ni le gars de l’urbanisme de Munsyari ne sont au courant… Je ne vois pas bien comment mieux m’informer !

 

15 + 9 = 24… Une autoroute qu’ils veulent nous construire au milieu du village ? Je ne vois pas bien le sens de ce projet. Et le lendemain on en a eu la confirmation. Le projet d’agrandissement de la route a bien été confié à l’agence nationale des autoroutes. Mais comment est-ce possible que personne n’en ait été informé en amont ?

Nous ne sommes pas les seuls à être tendus sur cette nouvelle. Toutes les constructions de bord de route cet après-midi-là se sont arrêtées. Et puis le jour suivant chacun a repris ses occupations : maçonnerie, toiture, pose de carrelage… Il n’y a que nous qui sommes restés sur la touche, stressés.

 

Alors on a pris quelques jours de vacances bien mérités, histoire de faire redescendre la pression. Et à l’issue de ce repos comme les autres on a décidé de continuer parce qu’on ne sait pas si cette mesure va prendre forme dans 2 ans, 5 ans ou 10 ans… Et puis de toutes façons le plus gros de l’atelier est en place.

 

Nous ne nous laisserons pas impressionnés par une route !

 

Maintenant il reste l’aménagement et les finitions d’isolation intérieure pour cet automne et ainsi pouvoir ouvrir l’atelier au public. En attendant l’équipe a déjà pris possession des lieux !

 

atelier de Shankh Dhura Woolcrafts

 

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